iulie 17, 2011

Théâtre


'Nous nous sommes élevés souvent contre le réalisme pour la simple raison que la réalité n'est pas réaliste et que le réalisme est une école, un style, une convention comme tant d'autres et qu'il est devenu académisme, c'est-à-dire mort. Nous nous sommes élevés également contre le théâtre idéologique parce que le théâtre idéologique est lui-même contraire, prison, prisonnier de thèses, doctrines, postulats que l'auteur de théâtre est empêché de remettre en question. La vérité est dans l'imaginaire. Le théâtre d'imagination est un théâtre de la vérité authentique, authentiquement documentaire. Le document n'est jamais libre pour la simple raison qu'il est aprioriquement orienté. L'imagination ne peut mentir. Elle est révélatrice de notre psychologie, de nos angoisses permanentes ou actuelles, des préoccupations de l'homme de toujours et d'aujourd'hui, des profondeurs de l'âme. Un homme qui ne rêve pas est un homme malade. La fonction du rêve est indispensable, la fonction imaginative est également indispensable. Un artiste à qui l'on veut enlever la liberté imaginative, c'est-à-dire la liberté de l'esprit, est un homme aliéné. Les grands révolutionnaires ou leurs précurseurs ont été des rêveurs - je veux dire des utopistes. Mais lorsque l'utopie devient Etat, obligation, loi, elle est cauchemar. Le rêve, disait un grand psychologue, est un drame dont nous sommes à la fois l'auteur, l'acteur et le spectateur. Le théâtre est une construction de l'imagination en liberté. Chacun de nous a besoin d'inventer. C'est pour la joie d'inventer que moi-même j'ai écrit des pièces de théâtre. Imaginer, inventer n'est pas une activité aristocratique. Nous sommes tous des artistes en puissance. Le théâtre populaire engagé, orienté, dirigé, dicté par les représentants de l'Etat, par les politiciens, n'est pas un théâtre populaire, mais un théâtre concentrationnaire, impopulaire. Le théâtre populaire, c'est le théâtre d'imagination, le véritable théâtre libre. Les idéologues de la politique ont voulu faire main basse sur le théâtre et l'utiliser à leur profit comme un instrument. Mais l'art n'est pas ou ne doit pas être l'affaire de l'Etat. C'est un péché contre l'esprit que d'entraver la spontanéité créatrice. L'Etat n'est qu'une superstructure artificielle de la société. L'Etat n'est pas la société, mais les hommes politiques veulent utiliser, contrôler la création dramatique pour leur propagande. Le théâtre peut en effet être un des instruments rêvés de toute propagande, de ce que l'on appelle " éducation politique ", c'est-à-dire de détournements et de bourrage de crâne. Les hommes politiques ne doivent être que les serviteurs de l'art et de l'art dramatique tout particulièrement. Ils ne doivent pas en être les dirigeants, et surtout pas les censeurs. Tout leur travail doit consister à permettre le libre développement de l'art et de l'art dramatique tout spécialement. Mais l'imagination leur fait peur.'

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